Les salons : une présence indispensable pour les vignerons ?

Les salons : une présence indispensable pour les vignerons ?

En 2026, le salon Wine Paris a confirmé son statut de place mondiale des vins et spiritueux. Un succès qui rappelle l’importance de la présence des vignerons sur les salons. Entre conquête de nouveaux marchés, fidélisation et veille des tendances, découvrez les coulisses.

Wine Paris affirme avec cette édition 2026 son rôle central pour la filière mondiale des boissons. À la fois place de marché, lieu d’influence et espace de dialogue, le salon s’impose comme un rendez-vous structurant pour accompagner les transformations du secteur et en préparer l’avenir. » affirme Nicolas Cuissard, Directeur de Wine Paris.

Wine Paris 2026 : la place mondiale des vins et spiritueux ?

L’édition 2026 du salon parisien a confirmé son statut de rendez-vous planétaire : 63 541 visiteurs professionnels, 6 537 exposants venus de 63 pays, 51 % d’internationaux, et 25 958 rendez-vous préprogrammés via la plateforme de business matching, en hausse de 28 %. Sur trois jours, ce sont 112 462 professionnels qui se sont croisés dans les allées du salon. Dans un contexte économique instable, Wine Paris s’impose plus que jamais comme l’épicentre des opportunités d’affaires à l’échelle mondiale.

Un salon, ça se prépare : l’exemple du Château d’Astros

Pour les vignerons du Château d’Astros, en Provence, la présence sur les salons professionnels — Wine Paris, ProWein et SIRHA — est le fruit d’une stratégie mûrement réfléchie depuis 2021. On se rend compte qu’un salon se prépare soigneusement, avec des temps forts à la clé, expliquent-ils. Leur signature : un stand sur-mesure réalisé avec un menuisier et un fleuriste, en cohérence avec le domaine — 80 % de forêt, travail en agro-écologie.

Le stand sur-mesure du Château d'Astros - Crédit photo : Studio BaAlt
Le stand sur-mesure du Château d'Astros - Crédit photo : Studio BaAlt

Au-delà de la visibilité, les salons ouvrent les portes d’un véritable laboratoire : veille sur les nouvelles tendances, baromètre du marché, écoute des attentes des consommateurs. C’est ainsi qu’après Wine Paris 2025 et le SIRHA de Lyon, le Château d’Astros a lancé des jus botaniques — jus de pomme avec infusion de romarin et miel, ou thym et citron — en réponse à l’essor du sans-alcool. Il faut 2 à 3 mois pour préparer un salon, et au moins 2 ans pour rentabiliser son stand. Ce sont des relations qui se construisent sur le long terme, expliquent les vignerons.

Wine Paris, c’est le rendez-vous annuel qu’on ne peut pas se permettre de louper

Valérie Rousselle, du Château Roubine, a une vision très claire de ce que lui apporte Wine Paris. Présente à Vinexpo Bordeaux dès 1995 -avant la fusion avec Wine Paris - elle a abandonné ProWein à Düsseldorf pour se concentrer sur le salon parisien. Wine Paris se passe à Paris, ville neutre, accessible, romantique. C’est le rendez-vous annuel de nos clients France et export qu’on ne peut pas se permettre de louper. Pour elle, le salon remplit deux fonctions complémentaires. Premièrement, la conquête de nouveaux marchés, avec souvent un ou deux nouveaux débouchés en ligne de mire. Deuxièmement, la fidélisation : revoir ses clients, faire le bilan de l’année, redéfinir les modalités contractuelles. Déguster, c’est vraiment accessoire. On est ici pour consolider les liens. Pour couvrir les marchés asiatiques peu représentés à Wine Paris, le Château Roubine fait également le déplacement à Vinexpo Asia Hong Kong.

Être présent chaque année : une question de fidélité et de crédibilité

Victoire Le Dorze, du Château Bonisson, constate également l’importance de Wine Paris. Ce salon a beaucoup grandi. De plus en plus d’importateurs, de cavistes, de restaurateurs et de grossistes viennent ici. Ça nous évite de nous déplacer partout dans le monde et c’est très fédérateur pour les vignerons. Grâce à la logistique simplifiée proposée par le CIVP, le stand est livré clés en main. La plateforme de Wine Paris lui permet de cibler précisément ses marchés de conquête — pour elle, l’Amérique du Nord, les États-Unis, le Canada et le Mexique.

Victoire Le Dorze sur son stand à Wine Paris - Crédit photo : Denis Faravel
Victoire Le Dorze sur son stand à Wine Paris - Crédit photo : Denis Faravel

Il faut être présent chaque année pour fidéliser. Si je n’étais pas là, mes clients iraient voir un autre domaine. Elle participe aussi à des salons plus ciblés comme Femmes de Vin à Paris, une journée conviviale qui rassemble 65 vigneronnes autour des cavistes et restaurateurs.

L’interprofession alsacienne : exister sur un salon de cette taille

Philippe Bouvet, directeur marketing du CIVA (Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace), témoigne d’un changement stratégique majeur. Après avoir quitté ProWein, l’interprofession s’est concentrée sur Wine Paris : 57 exposants en 2022, 105 en 2026. Wine Paris est devenu un must absolu sur le territoire français. Pour sortir du lot : un stand collectif de 400 m², une scénographie élaborée par un standiste alsacien avec des matériaux réutilisables, un espace de libre dégustation baptisé Carrefour des tendances valorisant les quatre typicités alsaciennes (vins secs, fruités, rouges légers, crémants), et un restaurant éphémère de cuisine japonaise pour illustrer les accords mets-vins. Une masterclasse sur le thème Crise du vin : pourquoi miser sur l’Alsace ? a complété cette année le dispositif.

La Cave de Sancerre : 4 millions d’euros de valorisation grâce aux salons

Vincent Creton, directeur général de la Cave Coopérative des Vins de Sancerre, offre un bel exemple de retour sur investissement de sa présence sur les salons : Wine Paris, Vinexpo Miami, Vinexpo Hong Kong, ProWein Tokyo, et une dizaine d’autres avec Business France via le format Tastin’. Résultat : le chiffre d’affaires est passé de 11,4 à 15 millions d’euros, soit 4 millions d’euros de valorisation directement imputables à cette présence accrue. On ne se nourrit jamais autant d’informations et de contacts qu’en étant sur place dans un pays. Avec 75 % du chiffre d’affaires à l’export, la cave mise sur la diversification géographique : Japon, Corée, Thaïlande. C’est important de montrer à nos partenaires qu’on se déplace vers eux. La présence simultanée du directeur et de la directrice technique garantit un discours ancré dans la réalité du terroir. On est passionnés, même si c’est épuisant.

Des salons comme lieux d’opportunités : le regard du prestataire

Marc Rabaux, photographe professionnel du Studio BaAlt (https://www.studiobaalt.com/), résume bien la valeur des salons au-delà du commerce pur : gain de temps, curiosité nourrie, nouveaux contacts tissés, occasion de montrer son travail en direct et d’entretenir ses liens avec son portefeuille client en place.
Pour tous, qu’il s’agisse de conquête, de fidélisation ou de veille stratégique, les salons s’imposent comme un investissement à long terme.

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