
SOIF : une histoire de gin et de copains

Acronyme de Spiritueux d’Origine Incontestablement Française
, SOIF est né en 2021 de la passion pour le gin de trois professionnels du vin et amis bordelais. Une histoire qui continue à s’écrire aujourd’hui à Bordeaux autour de Frédéric Louis-Maugeais et Jérôme Dubrel, et de trois références de gins aux profils complémentaires, unis par une signature aromatique, fraîche et subtilement poivrée. Découverte en interview de cette marque, à tester de toute urgence !

Laura Bernaulte : Frédéric, Jérôme, rembobinons un peu ! Pouvez-vous nous raconter comment a débuté l’aventure SOIF ?
Frédéric Louis-Maugeais & Jérôme Dubrel : En 2020, nous étions trois collègues chez un important négociant bordelais. Nous nous retrouvions beaucoup en dehors du travail à l’heure de l’apéritif, pour parler essentiellement... de vin ! A cette époque, dans le Bordelais, il y avait en cuves une montagne colossale du millésime 2017 dont personne ne voulait, qui se dépréciait et empêchait de rentrer les futurs millésimes par manque de place. Cela nous a donné l’idée et l’envie de tenter de distiller du vin de Bordeaux, pour créer de l’alcool à 96° en vue de faire un gin. Etant déjà assez amateur, j'avais un peu potassé le cahier des charges pour en fabriquer. C’est finalement assez simple, il suffit d’avoir de l'alcool agricole à 96° et des baies de genièvre. Nous avons donc décidé, post-Covid, de nous lancer dans la confection de notre propre gin, à la fois pour passer de bons moments, et pour mettre sur le marché un produit imaginé par nous de A à Z, bien loin du monde du négoce où nous officiions.

L.B : Comment avez-vous procédé pour imaginer le gin de vos envies ?
F.L.M & J.D : Nos premiers essais n’ont pas forcément été très fructueux. En distillant du vin, nous nous attendions à retrouver de petites notes légèrement viniques. Or, après plusieurs tests, la distillation faisait totalement disparaître ces arômes qui nous plaisaient tant. En plus de ça, les études de prix que nous avions menées nous ont également démontré qu’il était compliqué d'être rentables avec un alcool créé à partir de vin. Nous avons donc abandonné cette piste et commencé à travailler sur une autre recette. Il a fallu un an pour que nous parvenions à créer le gin que nous avions nous-mêmes envie de boire. Aujourd'hui, il faut savoir que pour créer un gin, deux méthodes sont possibles. Soit mettre dans un alambic un alcool de base ou un vin avec les autres ingrédients, comme des épices, puis les distiller pour obtenir un gin blanc. Ce type de gin représente 90 % du marché. Soit, comme nous avons décidé de le faire, créer un gin blanc avec de l’alcool et des baies de genièvre, diviser cette base entre plusieurs cuves, chacune agrémentée d’une épice, puis assembler l’ensemble, filtrer et diluer pour retomber à 41°. Pour nos gins, nous utilisons de l'alcool de blé français du sud de la France et des aromatiques de qualité supérieure, tels que des citrons français de Menton ou de Corse que nous pelons et zestons manuellement, ou encore des matières florales, le tout travaillé sans aucun arôme.

L.B : Quelle particularité cette méthode apporte-t-elle à votre gin ?
F.L.M & J.D : Cette méthode nous permet d’adapter individuellement les temps d’infusion de chaque ingrédient pour obtenir l’aromatique juste. Par exemple, pour notre premier gin, nous avons utilisé des zestes de citrons verts et jaunes, que nous avons laissés infuser deux jours, ainsi que des poivres de Sichuan et de Timut, infusés seulement 4h, car marquant très vite l’aromatique. Selon nous, cette technique est beaucoup plus intéressante, car elle permet d'avoir des aromatiques bien plus développées, précises et préservées, puisque n’étant pas anéanties par la distillation.
L.B : Dès son lancement, votre premier gin a connu un beau succès...
F.L.M & J.D : Effectivement, peu après la sortie de cette première cuvée, nous avons décidé de l’envoyer au concours anglais IWSC International Wine & Spirit Competition. Nous n’avions alors aucune prétention, nous voulions surtout avoir le retour d’experts sur notre gin, pour éventuellement l’ajuster. Il se trouve que nous avons finalement décroché une médaille d’argent, nous faisant figurer parmi les 2ème meilleurs gin au monde en 2022 !
L.B : Quelles portes ce premier beau succès vous a-t-il ouvertes ?
F.L.M & J.D : D’abord, ça nous a poussés à continuer, en nous confirmant que nous étions sur la bonne voie. Dans la foulée de notre premier gin SOIF, sorti fin 2021, nous avons donc créé fin 2022 un autre gin, baptisé AndroGin. Là où SOIF est extrêmement spiritueux, dans un style plutôt classique, presque à déguster sur glace, AndroGin est davantage destiné aux cocktails, se mariant parfaitement avec les tonics grâce à ses notes de jasmin et de clémentine, agrémentées d’une touche légèrement poivrée. En fin d'année 2025, à la demande de nos clients, nous avons également imaginé une troisième cuvée, baptisée Le Pamp, cette fois-ci un gin blanc de distillation, lui aussi plutôt destiné aux cocktails, avec un profil très floral sur la rose, le jasmin, et très frais, avec ses notes de concombre et de pamplemousse. Le créer a été un petit défi, afin de parvenir à conserver notre signature malgré la distillation.

L.B : Cette gamme est-elle encore appelée à s’élargir ?
F.L.M & J.D : Du côté des gins, nous ne comptons pas en faire d’autres, notre gamme est complète avec ces trois types de gins parfaitement complémentaires. En revanche, nous nous intéressons aussi aux autres spiritueux, comme le whisky et le rhum, même si nous ne prévoyons pas d’en produire dans l'immédiat.
L.B : Après cinq ans d’activité, quels sont désormais vos projets ?
F.L.M & J.D : Depuis le départ, nous créons nos gins en petites quantités, de façon très artisanale, avec aujourd’hui maximum 600 bouteilles par mois, sur un créneau assez haut-de-gamme. Naturellement, ce parti-pris nous a directement positionnés sur le marché des cavistes, en restauration, et dans quelques points de vente comme des boutiques et concept-stores. Aujourd’hui, tout en conservant cette distribution historique, nous voulons investir le réseau de la grande distribution à travers le lancement d’une autre marque de gin, à la recette différente, moins coûteuse à produire et plus accessible pour le consommateur de grande surface, tant gustativement que financièrement. Ces gins seront commercialisés autour de 35 €, là où nos trois premières cuvées sont proposées chez les cavistes autour d’une cinquantaine d’euros. Géographiquement, nous sommes pour l’heure majoritairement distribués localement, en région bordelaise et Nouvelle-Aquitaine, mais aussi un peu hors région, ainsi qu’en Suisse et au Danemark. En 2026, nous souhaitons également étendre notre amplitude géographique en développant l’export.
Crédits photos : SOIF